Dessins

 

SAVOIR DESSINER

L’enfant dessine et l’enfant que je fus dessina sans s’interrompre à ce jour. Cela ne signifie pas forcément quelque chose pour l’oreille du critique d’art, et pourtant. Il y a peu de métier qui commencent à deux ans de vie, je veux dire qu’il y a continuité ; du moins pour moi.

Nous vivons une période particulière où sont valorisés certains facteurs et où certains autres qui semblaient devoir être pérennes à l’histoire de l’art sont déconsidérés ou dénigrés : le fait de savoir dessiner par exemple (même si il y a un certain retour depuis quelques années).

Ceux qui ont le privilège d’établir des sélections parmi les artistes, finiront par se rendre compte que ne pas savoir dessiner n’est pas un avantage, j’en ai acquis notamment la conviction en observant les travaux des diplômes des Beaux-Arts de Paris(où je fus moi-même étudiant). Les jeunes artistes parviennent à leur diplôme avec la maîtrise de leur propre langage, la plus faible qui n’ait jamais existé dans l’histoire de l’enseignement artistique. Le problème n’est pas de savoir si ils savent dessiner ou pas, le problème est que leur art est médiocre. Je veux dire par là qu’il y a une erreur de fond qui consiste à opposer la création à la maîtrise ce qui est une insulte à l’histoire de l’art. Ça n’est pas parce qu’il y a de bons dessinateurs qui n’ont rien à dire, que ceux qui ne dessinent pas sont prolixes ; ils ne sont pas plus libres, ils le sont moins parce qu’ils ont moins de possibilités d’explorer les champs mêmes de l’art.

En fait nous avantageons un autre type de talents ; je veux dire que ceux qui ont un goût naturel pour l’assemblage et le bricolage sont privilégiés par rapport à ceux qui dessinent. J’ai commencé ce texte en évoquant l’enfant aux crayons parce que dessiner est quelque chose d’aussi primordial que chanter ou danser. Ceux qui n’ont pas de voix, ceux qui chantent faux, ont dans cette période beaucoup de chance par rapport à ceux qui tout naturellement rivalisaient avec les oiseaux.