Je t’aime


 

La pornographie est devenue un bien de consommation commun ; elle accompagne la vie des adolescents comme les jeux vidéos ou le Mac Donald, elle se propage dans chaque immeuble, et révèle parfois des pratiques insoupçonnées, les perversions cachées des masses. La sexualité est sans doute l’objet d’étude le moins judicieusement cerné par les sciences humaines ; aussi, alors que je revendique le droit de l’artiste à avoir un cerveau, je veux ici dénoncer les spécialistes, les psychologues de tous poils qui ont abreuvé des générations de frustrés et de frigides de théories normalisantes jusqu’à la nausée : Y-a-t-il une perversion au féminin ? Les femmes aiment l’amour, les hommes aiment le sexe, peut-on encore lire au Panthéon de la connerie.

Ainsi je veux d’abord dédier cette série d’images aux féministes de tous bords, dont je promets, un jour, dans les limites de mes capacités, de pouvoir assouvir leur désir refoulé d’être une chose et l’esclave de mon phallus. Car enfin, alors que la pornographie, qui n’en a pas, de cerveau, accomplit son œuvre admirable et dévastatrice du religieux, voilà que surgit la relève féministe pour imposer une nouvelle police du sexe : nul besoin, ici, d’élaborer des théories trop fines, car il s’agira en définitive pour l’homme de se mettre à quatre pattes et de se faire enculer par sa compagne pour être sexuellement viable. Il n’y aura de civilisation accomplie que lorsque nous aurons sublimé notre désir de puissance, que lorsque nous l’aurons rendu virtuel comme l’art…

En termes sexuels, cela signifie qu’il y a l’espoir d’une entente, qu’il y a matière à jouer pour jouir et que les femmes doivent le lâcher, le pouvoir. Cela implique une réconciliation de la femme avec son masochisme originel, la dédramatisation du désir d’être possédée comme une chose. Cela implique pour l’homme, la perte de sa réelle domination au profit de sa théâtralisation-même. C’est seulement à travers cette dialectique d’un jeu transitoire du pouvoir, se substituant à l’exercice d’un pouvoir réel et sadique, que les hommes et les femmes pourront humaniser leur relation. Mais pour cela il faut être irrespectueux de la puissance et de Dieu même, il faut mettre de côté son désir inassouvissable de réparation pour enfin concevoir que sa compagne, ou son compagnon, ne sont pas des objets.